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Titre du blog : FEDERATION PDG DE FRANCE
Auteur : pdgfrance
Date de création : 23-02-2011
 
posté le 12-04-2011 à 22:49:03

Diaspora gabonaise : Quels apports pour un gabon Emergent

Le rôle de la diaspora dans le développement du Gabon émergent.
  De la fuite des cerveaux aux transferts des compétences
 

Par Axel Augé
Pendant longtemps, les gouvernements gabonais successifs se sont méfiés de la diaspora gabonaise en France, en raison à la fois de sa position du dedans et du dehors, de ses appartenances multiples et de son éloignement du territoire national. Puis la transition démocratique des années 1990 ainsi que l’élection du président Ali Bongo Ondimba ont largement changé la donne en voyant dans ce capital humain une ressource de développement économique. Alors que les ressortissants gabonais s’organisent en France pour participer à l’économie du pays, la fuite des cerveaux longtemps dénoncée est remplacée par une logique de transfert des compétences. Comment, dans ces conditions, intégrer la diaspora gabonaise dans le développement de la politique d’émergence conduite par le président de la République Ali Bongo Ondimba? Comment passer de la méfiance à la confiance du milieu professionnel gabonais à l’égard de sa diaspora? Cette contribution prononcée à Paris dans le cadre de l’anniversaire du Parti Démocratique Gabonais (An 43) revient sur l’enjeu culturel comme défi majeur de l’évolution des mentalités nécessaire à la participation des gabonais du dehors au développement national.  
 
 Pour discuter du rôle de la diaspora dans le développement, cet exposé est divisé en trois parties. Une première partie revient sur le diagnostic de la situation et répond à la question « qui » : qui est la diaspora et quelles compétences professionnelles détient-elle? On examine ensuite les moyens faisant du migrant un agent du développement national en posant la question du comment ? Comment faire du migrant un agent du développement ? Enfin  cette communication esquisse des pistes concrètes à l’intention des décideurs politiques. Quelles solutions peut-on explorer ?  

1. La diaspora : figures et compétences professionnelles

 

La diaspora désigne la dispersion d’une communauté ou d’un peuple à travers le monde. De la sorte, la diaspora gabonaise désigne les personnes nées au Gabon ou ayant une attache avec le Gabon et placées dans une logique d’installation dans divers pays d’accueil à l’extérieur du Gabon. Ne font pas partie de la diaspora les ressortissants gabonais placés dans une logique de circulation comme les étudiants ou les stagiaires affectés à des formations diverses, pour une durée limitée ; et ayant vocation à repartir s’installer au pays.

La perception des ressortissants gabonais de l’étranger a  considérablement évoluée puisqu’il s’agit désormais, pour le gouvernement gabonais,  de rassembler ce qui est épars ; et de sortir de l’idée que les gabonais de l’étranger sont loin de tout. Cette reconnaissance a du sens: désormais, étant donné que la diaspora du pays n’est plus considérée comme une communauté du dehors, mais bien comme un acteur pleinement reconnu et intégré au développement national. Certains pays de la communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) comme le Togo, le Bénin, le Mali ont crée un ministère de leur ressortissant à l’étranger. Le Gabon n’a pas encore franchi ce pas à ce jour. Cependant, le Président de la République, Ali Bongo Ondimba, s’est dit, dans son programme présidentiel, à l’écoute des propositions qui pourraient lui être faites sur ce thème. 

 

 Par-delà la volonté présidentielle de voir dans la diaspora, un vivier d’experts au service du Gabon sur demande des dirigeants (du gouvernement et des entreprises privées), les secteurs d’activités professionnels à haute qualification dans lesquels on retrouve des compétences gabonaises à l’étranger sont nombreux : le secteur de l’assurance, la médecine généraliste et spécialisée, l’informatique, l’enseignement et la recherche, la télécommunication (Orange), l’industrie nucléaire (AREVA), les sciences sociales et du comportement, le secteur médical et des soins infirmiers, l’industrie pétrolière (Total France), l’industrie aéronautique, les métiers juridiques (avocat, notaire), l’agriculture, les métiers de l’administration publique, la littérature, la pharmacie, les métiers de la banque, le bâtiment et travaux publics, l’immobilier, l’agroalimentaire, etc. Parmi les métiers peu qualifiés, il existe également des compétences gabonaises: dans les métiers du nettoyage industriel, d’aide à la personne (auxiliaire de vie, aide à domicile), la sécurité aéroportuaire, les métiers de la restauration.


Comme on peut le constater ici, les compétences sont nombreuses et irriguent la grande majorité des secteurs de l’activité professionnelle.

 

2. Participer au Développement du Gabon : de la méfiance réciproque à la confiance partagée 

Outre l’importance des transferts d’argent vers les pays d’origines, en vue de financer le soutien familial, la solidarité et les micro projets de développement, l’apport des ressortissants gabonais de la diaspora est également susceptible de porter sur leur expertise professionnelle. La diaspora gabonaise, notamment celle vivant dans les pays occidentaux, ainsi que nous l’avons vu, est en mesure d’apporter au Gabon ce qu’elle apporte à la France, à d’autres pays d’Europe ou des Amériques ; c’est-à-dire, ses nombreuses compétences et son savoir-faire.

Il est indéniable qu’en évoluant professionnellement dans un environnement différent de celui du Gabon, les ressortissants gabonais des pays industrialisés développent des savoirs à la fois différents et complémentaires des logiques de travail du Gabon. Loin de s’opposer, ces logiques de travail se complètent. Tout l’enjeu est de trouver la bonne articulation culturelle de leur prise en compte dans la vie économique du pays. De ce fait, la question majeure est de connaître  les moyens les plus efficaces pour permettre le transfert de ce savoir-faire. C’est en particulier dans cette logique qu’intervient le poids de la culture professionnelle, entendue comme ensemble des habitudes de travail acquises dans l’exercice d’une profession.

 
Les ressortissants de la diaspora possèdent une double culture professionnelle utile pour comprendre à la fois leurs sociétés hôtes et la société gabonaise. La logique interculturelle qu’ils possèdent permet de créer des ponts entre les entrepreneurs installés dans leurs différents pays d’accueil et ceux exerçant au Gabon.
 
Mais il n’y a pas que cela, l’expertise interculturelle pose l’importance de la confiance accordée à la diaspora lorsqu’elle retourne au pays et la nécessité pour elle et pour l’administration locale de changer de mentalités, favorisant ce faisant le passage de la méfiance à la confiance.
 
Bien souvent lorsqu’un gabonais ayant exercé une activité professionnelle en occident rentre au pays, l’étiquette « a travaillé à l’étranger » peut vite devenir pour lui une contrainte en lieux et places de la ressource qu’elle constitue en réalité. Souvent, celle-ci  engendre un comportement de repli affectant surtout les collègues locaux. Les mentalités doivent donc évoluer du côté du monde professionnel gabonais.

 

Quant aux gabonais de l’étranger, un effort sur les mentalités est également nécessaire. Car l’attitude de celui-ci, arrivant dans le milieu professionnel gabonais et cultivant un sentiment de supériorité à l’égard de ses collègues, fondé sur l’ambition d’une réorganisation complète de l’activité professionnelle, du service ou de l’administration  dans laquelle il est affecté, peut considérablement gêner les conditions de travail et les relations professionnelles. Un changement des mentalités est donc indispensable de la part des professionnels gabonais de l’étranger, candidats au retour.

 

3. Quelles préconisations pour un nouveau partenariat de développement: confiance des décideurs gabonais et humilité des ressortissants de la diaspora

 
Les principaux leviers pour fonder un nouveau partenariat de développement sont la confiance et l’humilité. Les décideurs gabonais peuvent faire confiance aux professionnels gabonais de l’étranger, capable d’apporter au Gabon ce qu’ils apportent à la France et aux institutions, administrations, et autres entreprises qui les embauchent.  
 
Les professionnels gabonais de l’étranger doivent faire preuve d’humilité et de reconnaissance à l’égard des professionnels locaux exerçant dans les administrations et les entreprises gabonaises. Ils doivent ainsi accepter de se mettre à l’école du local pour réapprendre les logiques dites « du terrain » et tous les localismes utiles à la bonne conduite de l’activité professionnelle. Ce sont les principaux piliers devant soutenir ce partenariat.  
 
Dès lors, un certain nombre d’actions utiles peuvent être engagées, aussi bien par les autorités gabonaises que par les ressortissants de la diaspora, pour conduire ce nouveau partenariat : 

- Création d’un annuaire des compétences, utile pour les recruteurs gabonais permettant de reconnaître et d’identifier (sur la base du volontariat) les expertises possédées par les membres de cette diaspora.

- La diaspora gabonaise doit s’organiser en réseau pour diminuer l’effet d’ignorance réciproque (chacun travaille dans son coin) liée à l’importance géographique des territoires d’accueil et à leur diversité.

- Promouvoir la création d’un comptoir, d’un bureau administratif, voire d’un secrétariat d’Etat pour organiser ces forces vives constituées des ressortissants de la diaspora ; et sortir de la relation clientéliste de travail fondée sur la dépendance d’un acteur local.

 - Promouvoir l’évolution des mentalités des professionnels gabonais de l’étranger en sortant du complexe de supériorité du professionnel de l’étranger (les autres possèdent également leur compétence et leur connaissance terrain).

- S’agissant des décideurs gabonais, pouvoir sélectionner l’expertise d’un ressortissant de la diaspora, en plus des experts étrangers souvent recherchés.

- Se réapproprier les spécificités locales du monde du travail pour se reconnecter avec le pays (réalité terrain): accepter d’apprendre les spécificités locales du métier.

En guise de brève conclusion, une évolution culturelle des mentalités est indispensable pour conduire les gabonais à accepter de travailler en bonne intelligence, ainsi que le souhaite le Président de la République, son excellence Ali Bongo Ondimba.

Axel Augé

                                                                                           Docteur en sociologie
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