VEF Blog

Titre du blog : FEDERATION PDG DE FRANCE
Auteur : pdgfrance
Date de création : 23-02-2011
 
posté le 13-04-2011 à 00:28:45

LA COHABITATION DANS LE CONTEXTE AFRICAIN

               La cohabitation en Afrique

         Par Benjamin Bengobeyi

 Le terme de « Cohabitation » est une notion à géométrie variable. Pour certains, elle est une période néfaste dans le fonctionnement d’un État, empêchant ainsi de mener des réformes importantes. Pour d’autres, elle peut permettre des réformes, car le gouvernement peut parfaitement remplir son rôle. A y regarder de près, le problème de la cohabitation n’est pas tant que celle-ci fasse courir le risque de la paralysie, mais qu’elle introduise entre les deux têtes de l’Exécutif, un esprit de confrontation qui soit néfaste à la vie politique et qui nuise à l’unité devant être celle d’un pouvoir exécutif. C’est dans la négation de cette nécessité que réside la perversion de la cohabitation, car si elle dure, elle peut affaiblir la fonction présidentielle. Elle peut donc être un oiseau de mauvais augure si elle met en lumière la non-unité du pouvoir exécutif dans une confrontation entre le Président de la République et le Premier ministre. 

 

En contrepoint, l’expérience montre que la cohabitation permet un approfondissement de la démocratie en associant réellement au pouvoir les deux grandes familles politiques qui traversent la vie nationale. Puisque la démocratie pluraliste s'exerce au cœur de l'Etat, la cohabitation conduit chacune des deux tendances de la société à reconnaître la légitimité de l'autre. En conférant une représentation effective à l’opposition, elle valorise même l'idée d'opposition qui est le fondement de toute démocratie.

 

Même si, comparaison n’est pas raison, il n’est pas inutile de relever qu’en France par exemple, entre juin 1997 et juin 2002, la cohabitation a réussi des avancées dans des domaines divers ; notamment la durée hebdomadaire du temps de travail, les emplois-jeunes, la couverture maladie universelle, l’allocation d’aide personnalisée aux personnes dépendantes, la lutte contre les exclusions… pour ne citer que ces exemples.

 

Contrairement à ce qui se passe en période de cohabitation dans les grandes démocraties occidentales, où le Président de la République et le Premier ministre sont de bords politiques différents, et où le Président de la République a perdu la majorité à l’Assemblée nationale suite à sa défaite aux élections législatives, dans le contexte africain, la cohabitation s’est transformée en Accord de partage du pouvoir, à la suite d’élections conflictuelles et/ou au refus de l’establishment en place d’accepter la sanction des urnes. Cette façon de procéder semble consacrer une nouvelle forme de transition en Afrique ; ce qui pose la question de savoir si ce nouveau modèle de transition à l’africaine, ne contrarie pas les alternances et ne fait pas reculer la démocratie. 


Pour effectuer des progrès réels dans le cadre de la démocratisation de ses États, l’Afrique ne gagnerait-elle pas à organiser des élections aux standards internationaux ? C'est-à-dire avec un gagnant et un perdant ; un résultat franc et indiscutable ; et la possibilité d’une alternance lorsque le verdict des urnes le commande. La cohabitation (ou du moins sa possibilité), dans ce cas de figure, apparaîtrait comme un contrepoids face à un mandat présidentiel particulièrement long. Et elle fait ainsi office d’atténuateur social, en rassurant les populations sur la possibilité d’une alternance démocratique. Encore faudrait-il que des notions telles que la consécration de la démocratie constitutionnelle, l’édification progressive de l’Etat de droit et l’organisation d’élections disputées et transparentes en Afrique deviennent la norme pour tous.

                                                                                       Benjamin BENGOBEYI

                                                                                                                    Docteur en Droit public

---------------------------------

Fédération PDG de France